La Russie «tente de réduire au silence» le prix Nobel Mouratov, dénonce le Comité Nobel

Le journaliste russe Dmitry Muratov, lauréat du prix Nobel de la paix, défenseur public d'Oleg Orlov, co-président de l'organisation russe de défense des droits de l'homme Memorial et co-récipiendaire du prix Nobel de la paix, accusé d'avoir discrédité l'armée russe à plusieurs reprises, se prépare pour l'audience du procès d'Oleg Orlov dans un tribunal de Moscou, le 21 juillet 2023. (AFP)
Le journaliste russe Dmitry Muratov, lauréat du prix Nobel de la paix, défenseur public d'Oleg Orlov, co-président de l'organisation russe de défense des droits de l'homme Memorial et co-récipiendaire du prix Nobel de la paix, accusé d'avoir discrédité l'armée russe à plusieurs reprises, se prépare pour l'audience du procès d'Oleg Orlov dans un tribunal de Moscou, le 21 juillet 2023. (AFP)
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Publié le Samedi 02 septembre 2023

La Russie «tente de réduire au silence» le prix Nobel Mouratov, dénonce le Comité Nobel

  • Mme Reiss-Andersen a déclaré que le comité Nobel norvégien «continue à soutenir le travail important» réalisé par M. Mouratov et son journal indépendant Novaïa Gazeta
  • Vendredi, la Russie a annoncé avoir inscrit le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, colauréat du prix Nobel de la paix 2021, sur sa liste d'«agents de l'étranger», étiquette utilisée pour étouffer les critiques

OSLO: Les autorités russes tentent "de réduire au silence" le Prix Nobel de la paix Dmitri Mouratov, qu'elles ont ajouté vendredi à leur liste d'"agents de l'étranger", a dénoncé samedi la présidente du Comité Nobel norvégien en charge de ce prix.

"Dmitri Mouratov a reçu le prix Nobel de la paix en 2021 pour ses efforts visant à promouvoir la liberté d'expression et la liberté d'information, ainsi que le journalisme indépendant. Il est triste que les autorités russes tentent maintenant de le réduire au silence", a déclaré Berit Reiss-Andersen, présidente du Comité Nobel norvégien, dans un communiqué.

"Les accusations portées contre lui sont motivées par des considérations politiques", a-t-elle ajouté.

Mme Reiss-Andersen a déclaré que le comité Nobel norvégien "continue à soutenir le travail important" réalisé par M. Mouratov et son journal indépendant Novaïa Gazeta.

Vendredi, la Russie a annoncé avoir inscrit le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, colauréat du prix Nobel de la paix 2021, sur sa liste d'"agents de l'étranger", étiquette utilisée pour étouffer les critiques.

Le ministère russe de la Justice a déclaré que M. Mouratov avait "utilisé des plateformes étrangères pour diffuser des opinions visant à former une attitude négative à l'égard de la politique étrangère et intérieure de la Fédération de Russie".

Ce statut, qui rappelle le qualificatif d'"ennemi du peuple" de l'époque stalinienne, impose aux personnes ou entités visées des contraintes administratives dont un contrôle régulier de leurs sources de financement.

Il impose également d'accompagner toute publication, y compris sur les réseaux sociaux, du label "agent de l'étranger".

Le ministère de la Justice a également accusé M. Mouratov de diffuser des informations provenant d'autres "agents de l'étranger".

Le pouvoir russe a encore renforcé la répression de toute voix dissidente depuis le lancement en février 2022 de son offensive contre l'Ukraine, et les principaux opposants sont soit en exil, soit en prison.

Dmitri Mouratov a été vu récemment en Russie, où il concourt à la défense d'Oleg Orlov, un responsable de l'ONG Memorial - officiellement dissoute et colauréate du Prix Nobel de la Paix 2022 - qui est jugé pour avoir "discrédité" l'armée russe en critiquant l'offensive contre l'Ukraine et encourt cinq ans de prison.

M. Mouratov avait été colauréat du Prix Nobel de la Paix en 2021 avec la journaliste philippine Maria Ressa, pour leur lutte pour la liberté d'expression dans leurs pays respectifs.

Novaïa Gazeta a vu depuis 2000 six de ses journalistes ou collaborateurs tués, dont la journaliste d'investigation Anna Politkovskaïa, assassinée dans le hall de son immeuble le jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine.

Une de ses journalistes, Elena Milachina, a été hospitalisée en juillet après avoir été passée à tabac en Tchétchénie.


Scholz appelle au retour de «négociations sérieuses» pour une trêve à Gaza

Le chancelier allemand sortant Olaf Scholz a appelé jeudi au retour de "négociations sérieuses" pour mettre fin au conflit à Gaza où Israël étend ses opérations militaires depuis la rupture du cessez-le-feu à la mi-mars. (AFP)
Le chancelier allemand sortant Olaf Scholz a appelé jeudi au retour de "négociations sérieuses" pour mettre fin au conflit à Gaza où Israël étend ses opérations militaires depuis la rupture du cessez-le-feu à la mi-mars. (AFP)
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  • Le chancelier allemand sortant Olaf Scholz a appelé jeudi au retour de "négociations sérieuses" pour mettre fin au conflit à Gaza où Israël étend ses opérations militaires depuis la rupture du cessez-le-feu à la mi-mars
  • "Le drame humanitaire à Gaza a déjà atteint des niveaux inqualifiables et des mesures doivent être prises immédiatement pour y remédier", a renchéri Abdallah II

BERLIN: Le chancelier allemand sortant Olaf Scholz a appelé jeudi au retour de "négociations sérieuses" pour mettre fin au conflit à Gaza où Israël étend ses opérations militaires depuis la rupture du cessez-le-feu à la mi-mars.

"Il faut maintenant revenir à une trêve et libérer tous les otages" israéliens, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, appelant à des "négociations sérieuses dans le but de convenir d'un règlement d'après-guerre pour la bande de Gaza qui protège la sécurité d'Israël".

"La situation à Gaza mais aussi celle en Cisjordanie ne peut être stabilisée que par une solution politique", a-t-il insisté lors de cette conférence aux côtés du roi Abdallah II de Jordanie, déplorant une situation qui se détériore "de jour en jour" à Gaza où "aucune aide humanitaire n'est parvenue depuis un mois".

"Cela ne peut et ne doit pas continuer. Beaucoup trop de gens souffrent de la faim, de la poursuite de la violence brutale et du manque de soins médicaux", a-t-dit.

"Le drame humanitaire à Gaza a déjà atteint des niveaux inqualifiables et des mesures doivent être prises immédiatement pour y remédier", a renchéri Abdallah II.

La veille, le roi avait déploré la situation humanitaire "désastreuse" de ce territoire palestinien, qui compte aussi "le plus grand nombre d'enfants amputés par habitant au monde, ainsi qu'un nombre considérable d'adultes blessés".

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans des frappes israéliennes.

L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.


La diplomatie israélienne, la France et Israël veulent éviter que l'Iran se dote de l'arme nucléaire

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s'adresse aux journalistes à son arrivée au siège de l'UE, en marge du Conseil des affaires étrangères de l'UE à Bruxelles, le 24 février 2025. (Photo JOHN THYS / AFP)
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s'adresse aux journalistes à son arrivée au siège de l'UE, en marge du Conseil des affaires étrangères de l'UE à Bruxelles, le 24 février 2025. (Photo JOHN THYS / AFP)
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  • Le ministre israélien a souligné que l'Iran constituait une menace pour toute la région, et pas seulement pour Israël.
  • le ministre français des Affaires étrangères avait estimé que si les négociations sur le programme nucléaire iranien venaient à échouer, « une confrontation militaire » serait « presque inévitable ».

PARIS : « Notre objectif commun est de ne pas laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire », a déclaré jeudi le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar lors d'une conférence de presse à Paris.

Le ministre israélien, qui a rencontré son homologue français Jean-Noël Barrot dans la matinée, a souligné que l'Iran constituait une menace pour toute la région, et pas seulement pour Israël. Dans ce contexte, Israël entretient des discussions avec la France et le Royaume-Uni, ainsi qu'un « dialogue plus intense » avec les États-Unis.

Interrogé sur l'imminence d'un conflit direct avec l'Iran, M. Saar n'a toutefois pas souhaité se prononcer. « Nous n'excluons pas la voie diplomatique », a-t-il dit. Les Iraniens « ont clairement indiqué qu'ils étaient prêts à une négociation indirecte avec les États-Unis, et je ne serais pas surpris si cette négociation commençait ». 

Mercredi, le ministre français des Affaires étrangères avait estimé que si les négociations sur le programme nucléaire iranien venaient à échouer, « une confrontation militaire » serait « presque inévitable ».

L'inquiétude monte alors que les discussions semblent dans l'impasse et que la fenêtre de négociation d'un nouveau traité avec Téhéran doit se refermer à l'automne.

« Il existe une coopération entre l'Iran, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien. Et nous ne laisserons pas faire les activités terroristes de là-bas contre Israël et nos civils », a par ailleurs dénoncé Gideon Saar.

Concernant la reprise des opérations militaires meurtrières à Gaza, il a martelé que l'objectif israélien était d'anéantir toute menace que le groupe islamiste palestinien Hamas représente. 

Il a en outre assuré que son gouvernement était « engagé à faire libérer tous les otages ». Il a balayé l'idée que celui-ci « sacrifiait » les otages, soulignant que les autorités rencontraient les familles des otages régulièrement et qu'elles ne partageaient pas toutes le même point de vue sur la politique menée à Gaza.

Mardi, le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu de « sacrifier » les otages à Gaza en ordonnant des frappes intenses sur le territoire palestinien.

La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans le nord de la Palestine, après un appel à évacuer lancé par l'armée israélienne. 

Concernant le Liban, où Israël a frappé à deux reprises la banlieue sud de Beyrouth malgré le fragile cessez-le-feu conclu il y a quatre mois, M. Saar a affirmé que son pays souhaitait la stabilité dans ce pays, mais qu'il ne laisserait pas le mouvement pro-iranien Hezbollah « se réarmer ».

« Nous souhaitons normaliser nos relations avec le Liban », a-t-il assuré. « C'est peut-être prématuré du point de vue libanais », a-t-il reconnu, tout en indiquant qu'un début de processus de négociations « sur certaines problématiques » avait été engagé. « Nous avons une équipe qui négocie les différends à la frontière », a-t-il dit.

Gideon Saar a par ailleurs annoncé avoir invité le ministre français en Israël, assurant avoir « un dialogue continu » avec les autorités françaises. Et la visite de M. Barrot pourrait avoir lieu « prochainement ».  


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
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  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.