L’importance stratégique du «corridor iranien»

Une photo diffusée par le réseau d'information Shaam News Network de l'opposition syrienne, le 3 juin 2012, montre des Syriens manifestant dans la ville de Deir al-Zor, dans le nord-est du pays.  (AFP PHOTO / Handout / SHAAM NEWS NETWORK)
Une photo diffusée par le réseau d'information Shaam News Network de l'opposition syrienne, le 3 juin 2012, montre des Syriens manifestant dans la ville de Deir al-Zor, dans le nord-est du pays. (AFP PHOTO / Handout / SHAAM NEWS NETWORK)
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Publié le Mercredi 06 septembre 2023

L’importance stratégique du «corridor iranien»

L’importance stratégique du «corridor iranien»
  • Le «corridor iranien» est un couloir stratégique d’une importance capitale pour la politique expansionniste iranienne dans la région appelée le «Croissant fertile»
  • Si jamais la campagne américaine, menée sur fond de guerre phycologique, venait à bout du corridor stratégique, ce serait un camouflet pour l’Iran

Voilà un mois que les rumeurs circulent sur une possible escalade militaire entre les forces américaines stationnées en Syrie sous la bannière de la «coalition internationale contre Daech» et les différentes milices pro-iraniennes qui opèrent sur le sol syrien, ainsi que les forces de l’armée régulière du régime d’Al-Assad.  

Il est vrai que les troupes américaines ont été renforcées en hommes et en matériel. Les sorties de l’aviation se font plus musclées qu’avant, avec des chasseurs bombardiers à la place des drones; ces derniers étaient devenus vulnérables face aux avions russes qui tentaient d’imposer leur suprématie sur les régions est de la Syrie, de la ville stratégique de Deir er-Zor jusqu’à la frontière avec l’Irak. Des deux côtés de cette frontière, les milices pro-iraniennes ont pris leur quartier général, sécurisant le passage des convois iraniens de toutes sortes vers le centre du pays et vers le Liban, où le Hezbollah serait le principal bénéficiaire en termes d’armes, de munitions, d’argent liquide et de différents matériels.  

On appelle cette route qui va de Téhéran à Beyrouth en passant par Bagdad et Damas le «corridor iranien». C’est un couloir stratégique d’une importance capitale pour la politique expansionniste iranienne dans la région appelée le «Croissant fertile». D’où la détermination de cette dernière à le défendre coûte que coûte. En contrepartie, les États-Unis savent bien que ce corridor finira un jour par mettre à mal la présence de leurs forces sur le terrain, qui ont pour mission de couvrir conjointement la Syrie et l’Irak. 

Ce dernier est une pièce centrale dans la stratégie américaine au Moyen-Orient. Or, si le flan syrien venait à faiblir, c’est toute la présence en Irak qui risquerait de se trouver encerclée des deux côtés, iranien et syrien. Voilà pourquoi c’est avec défiance que le Pentagone repart pour le corridor iranien. Les troupes sont renforcées. Et l’unité aérienne qui se trouve sur place voit ses vieux appareils remplacés par des chasseurs bombardiers de type F-16. Il y a de quoi rendre les milices iraniennes, les forces d’Al-Assad et les Russes très nerveux. 

 

Si jamais la campagne américaine, menée sur fond de guerre phycologique, venait à bout du corridor stratégique, ce serait un camouflet pour l’Iran.

Ali Hamade

Dans les milieux diplomatiques arabes de Beyrouth, on parle d’une campagne américaine qui vise à resserrer l’étau autour du corridor et de ses villes phares que sont Deir ez-Zor, Mayadine et Boukamal. Mais la campagne pour couper ce corridor ne fait que commencer. Cela pourrait dégénérer en une miniguerre sur le territoire syrien entre les Américains et leurs adversaires.  

Ainsi, le Pentagone remet de l’ordre au sein des milices syriennes kurdes et arabes qu’il soutient. Ces dernières sont stationnées pour la plupart dans des régions à majorité kurde, ou sur la base de Tanaf, à proximité de la frontière syro-jordanienne. Ce sont en réalité ces forces qui, en cas de confrontation, seront amenées à affronter les milices pro-iraniennes épaulées par les forces régulières de l’armée syrienne.  

Si jamais la campagne américaine, menée sur fond de guerre phycologique, venait à bout du corridor stratégique, ce serait un camouflet pour l’Iran. Mais ce serait oublier la détermination, ainsi que la patience stratégique des Iraniens, étant donné que ce corridor est considéré comme l’artère principale et le symbole de la politique hégémonique de Téhéran au Moyen-Orient. Si jamais Washington arrivait à ses fins en coupant ou en serrant l’étau de ce corridor afin de le rendre presque impraticable pour ses convois à mission militaire, toute la stratégie iranienne devrait être revue à la baisse. 

 

Ali Hamade est journaliste éditorialiste au journal Annahar, au Liban. 
Twitter: @AliNahar
NDLR: Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.