Chypre: L'ONU accuse des forces chypriotes-turques de s'en prendre aux Casques bleus

Membres de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (Photo, AFP).
Membres de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 19 août 2023

Chypre: L'ONU accuse des forces chypriotes-turques de s'en prendre aux Casques bleus

  • Des forces chypriotes turques s'en sont prises vendredi à des Casques bleus de l'ONU qui tentaient de bloquer la construction d'une route controversée dans la zone tampon divisant Chypre
  • L'incident s'est produit à Pyla (Pile en turc), le seul village où vivent côte à côte des Chypriotes-grecs et turcs, sur la Ligne verte surveillée par l'ONU

NICOSIE: Des forces chypriotes turques s'en sont prises vendredi à des Casques bleus de l'ONU qui tentaient de bloquer la construction d'une route controversée dans la zone tampon divisant Chypre, a indiqué la mission de l'ONU sur l'île, entraînant des condamnations internationales.

L'incident s'est produit à Pyla (Pile en turc), le seul village où vivent côte à côte des Chypriotes-grecs et turcs, sur la Ligne verte surveillée par l'ONU qui divise l'île entre la République de Chypre, membre de l'Union européenne et exerçant son autorité au sud, et la République turque de Chypre-Nord (RTCN), autoproclamée et reconnue uniquement par la Turquie qui a envahi le tiers nord de l'île en 1974.

Des images vidéo largement partagées sur les réseaux sociaux montrent des bulldozers écartant des véhicules de l'ONU, des barrières de ciment ainsi que des barbelés alors qu'un groupe de policiers chypriotes-turcs repousse des Casques bleus. L'AFP n'était pas en mesure dans l'immédiat de vérifier ces images de manière indépendante.

La mission de l'ONU a indiqué que les Casques bleus avaient été attaqués en tentant de bloquer "des travaux de construction non autorisés" près de Pyla.

"La Force de maintien de la paix des Nations unies à Chypre (Unficyp) condamne les agressions contre les Casques bleus et les dommages causés aux véhicules de l'ONU par du personnel de la partie chypriote turque ce matin", a déclaré l'Unficyp dans un communiqué.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a dénoncé des faits "inacceptables" qui "pourraient constituer de graves crimes au regard du droit international", selon un communiqué de son porte-parole à New York. Il demande aux autorités turques de "respecter" l'autorité de l'Unficyp et se retirer "immédiatement" de la zone tampon.

Faits accomplis 

La République de Chypre a dénoncé "des incidents organisés causés par les forces d'occupation turques (...) ainsi que l'attaque inacceptable contre des membres britanniques et slovaques de la force de maintien de la paix de l'ONU".

L'UE a également condamné l'incident, ainsi que le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis qui ont exprimé dans un communiqué conjoint leur "grande inquiétude face au lancement de la construction non autorisée" de la route.

La ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna a fait part à son homologue turc Hakan Fidan de la "vive inquiétude" de la France lors d'un entretien téléphonique.

Les autorités chypriotes-turques ont dénoncé des affirmations "infondées" de l'ONU. "Nous attendons de l'Unficyp (...) qu'elle revoie sa position biaisée et qu'elle mette immédiatement fin à ses ingérences physiques et à ses efforts de blocage" des travaux, a réagi la RTCN dans un communiqué.

Un tracteur a été utilisé pour écarter un véhicule de l'ONU et d'importants dégâts ont été causés à trois véhicules, a déclaré pour sa part un responsable qui a parlé à l'AFP sous couvert d'anonymat.

Des policiers et des militaires chypriotes-turcs en civil ont frappé un Casque bleu et agressé une douzaine d'autres en les "poussant violemment", a-t-il ajouté.

Dans son communiqué, la mission de l'ONU a exhorté la partie chypriote turque à "respecter l'autorité mandatée par la mission à l'intérieur de la zone tampon des Nations unies, à s'abstenir de toute action susceptible d'aggraver davantage les tensions et à retirer immédiatement tout le personnel et les machines de la zone tampon".

«Objectif humanitaire»

Le porte-parole du gouvernement de la République de Chypre Konstantinos Letymbiotis a accusé la partie chypriote turque d'essayer de créer de nouveaux "faits accomplis" à Pyla, en construisant une route reliant le "village occupé d'Arsos à un avant-poste militaire illégal".

Il a dénoncé "une tentative de violation très grave du statu quo".

Les autorités chypriotes turques ont indiqué que le projet avait "un objectif entièrement humanitaire" pour "faciliter l'accès au territoire de la RTNC de nos citoyens vivant dans le village de Pile".

Malgré cela, les Casques bleus ont "agressé physiquement (...) nos équipes de construction et notre police, présente dans le secteur uniquement pour assurer la sécurité. Cette attitude de l'Unficyp est inacceptable", ajoute cette source.

Les efforts visant à réunifier l'île divisée sont au point mort depuis l'échec du dernier cycle de pourparlers soutenus par l'ONU en 2017.

Le dirigeant chypriote turc Ersin Tatar, un protégé du président turc Recep Tayyip Erdogan, a exhorté la communauté internationale à "reconnaître l'existence" de deux Etats sur l'île.

Ses appels à une solution à deux Etats ont été rejetés par les Chypriotes grecs, majoritaires.

La République de Chypre et la communauté internationale sont favorables à une fédération bicommunautaire et bizonale.


Nucléaire iranien: «nous avons 30 jours» pour une solution diplomatique affime Kallas

Les pays occidentaux ont désormais 30 jours pour trouver une solution diplomatique à la crise du nucléaire iranien, a affirmé vendredi la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. (AFP)
Les pays occidentaux ont désormais 30 jours pour trouver une solution diplomatique à la crise du nucléaire iranien, a affirmé vendredi la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. (AFP)
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  • La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, qui forment l'E3, ont indiqué jeudi dans une lettre au Conseil de sécurité que "sur la base de preuves factuelles", ils estiment que l'Iran est en position de non-respect important de ses engagements"
  • L'Union européenne, qui soutient le JCPOA, a participé aux négociations entre l'E3 et l'Iran, notamment à Genève où une ultime réunion a eu lieu cette semaine avant la décision finalement annoncée jeudi par les Européens

COPENHAGUE: Les pays occidentaux ont désormais 30 jours pour trouver une solution diplomatique à la crise du nucléaire iranien, a affirmé vendredi la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas.

"Nous entrons dans une nouvelle phase de 30 jours (...) que nous devons vraiment utiliser pour trouver des solutions diplomatiques", a-t-elle déclaré avant le début d'une réunion de l'UE à Copenhague, au lendemain de la décision prise par les Européens de déclencher le mécanisme devant rétablir d'ici un mois les sanctions internationales contre l'Iran. Cette demande doit être examinée vendredi par le Conseil de sécurité de l'Onu.

La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, qui forment l'E3, ont indiqué jeudi dans une lettre au Conseil de sécurité que "sur la base de preuves factuelles", ils estiment que l'Iran est en position de non-respect important de ses engagements" en vertu de l'accord sur le nucléaire de 2015, le JCPOA, et "invoquent ainsi le mécanisme connu sous le nom du snapback", qui ouvre un processus de trente jours permettant de réimposer une série de sanctions suspendues il y a dix ans.

L'Union européenne, qui soutient le JCPOA, a participé aux négociations entre l'E3 et l'Iran, notamment à Genève où une ultime réunion a eu lieu cette semaine avant la décision finalement annoncée jeudi par les Européens.

Les pays occidentaux soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l'arme atomique. Téhéran dément et défend son droit à développer un programme nucléaire civil.


Nucléaire iranien: les Européens amorcent le rétablissement des sanctions contre Téhéran

Un drapeau iranien flotte devant le consulat iranien, où des diplomates iraniens rencontrent leurs homologues allemands, britanniques et français pour de nouvelles négociations sur le nucléaire, alors que les trois puissances européennes menacent de réimposer les sanctions prévues dans l'accord de 2015, à Istanbul, en Turquie, le 25 juillet 2025. (AFP)
Un drapeau iranien flotte devant le consulat iranien, où des diplomates iraniens rencontrent leurs homologues allemands, britanniques et français pour de nouvelles négociations sur le nucléaire, alors que les trois puissances européennes menacent de réimposer les sanctions prévues dans l'accord de 2015, à Istanbul, en Turquie, le 25 juillet 2025. (AFP)
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  • Les trois pays, surnommés E3, ont indiqué jeudi dans une lettre au Conseil de sécurité que "sur la base de preuves factuelles", ils estiment que l'Iran est en position de non-respect important de ses engagements"
  • La question sera discutée à huis-clos vendredi par les 15 membres du Conseil

PARIS: Face à l'impasse des négociations sur le nucléaire iranien, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne ont mis jeudi leur menace à exécution en entamant à l'ONU la procédure de rétablissement des sanctions internationales contre Téhéran dans trente jours, qui sera discutée dès vendredi au Conseil de sécurité.

Les trois pays, surnommés E3, ont indiqué jeudi dans une lettre au Conseil de sécurité que "sur la base de preuves factuelles", ils estiment que l'Iran est en position de non-respect important de ses engagements" en vertu de l'accord sur le nucléaire de 2015, le JCPOA, et "invoquent ainsi le mécanisme connu sous le nom du snapback" qui ouvre un processus de trente jours permettant de réimposer une série de sanctions suspendues il y a dix ans.

La question sera discutée à huis-clos vendredi par les 15 membres du Conseil.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a dénoncé une décision "injustifiée et illégale" des Européens, tout comme l'ambassadeur russe adjoint à l'ONU pour qui elle n'a "absolument aucune base légale".

Israël a au contraire salué "une étape importante pour arrêter le programme nucléaire iranien".

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a affirmé que les Etats-Unis étaient ouverts à des discussions "directes" avec l'Iran "afin de trouver une solution pacifique et durable à la question du nucléaire iranien".

Signé par le E3, l'Iran, les Etats-Unis, la Chine et la Russie, le JCPOA suspend diverses sanctions économiques internationales prises par l'ONU contre l'Iran.

Washington a décidé de s'en retirer en 2018 sous la première présidence de Donald Trump et a rétabli ses propres sanctions. Depuis, Téhéran s'est affranchi de certains engagements pris, notamment sur l'enrichissement d'uranium.

Les pays occidentaux soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l'arme atomique. Téhéran dément et défend son droit à développer un programme nucléaire civil.

Le trio européen E3 a déclenché ce "snapback" avant l'expiration en octobre de la possibilité d'y recourir, et après la campagne de bombardements israéliens et américains menés en juin contre les sites du programme iranien.


Ukraine: dix morts dans des frappes russes massives sur Kiev

La Russie a tiré 598 drones et 31 missiles balistiques et de croisière sur l'Ukraine dans la nuit de mercredi à jeudi, a annoncé l'armée de l'air ukrainienne. (AFP)
La Russie a tiré 598 drones et 31 missiles balistiques et de croisière sur l'Ukraine dans la nuit de mercredi à jeudi, a annoncé l'armée de l'air ukrainienne. (AFP)
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  • Selon les données préliminaires, 563 drones de combat et drones leurres ainsi que 26 missiles ont été abattus ou brouillés, a précisé l'armée de l'air dans un communiqué
  • "Dix personnes sont mortes parmi lesquelles un enfant. Plus de 30 personnes ont également été blessées parmi lesquelles quatre enfants", a indiqué le parquet ukrainien dans un communiqué

KIEV: Des centaines de missiles et de drones russes se sont abattus sur des quartiers résidentiels de Kiev, faisant au moins dix morts, une attaque massive qui montre selon le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, que la Russie "préfère les missiles balistiques plutôt que la table des négociations".

La Russie a tiré 598 drones et 31 missiles balistiques et de croisière sur l'Ukraine dans la nuit de mercredi à jeudi, a annoncé l'armée de l'air ukrainienne.

Selon les données préliminaires, 563 drones de combat et drones leurres ainsi que 26 missiles ont été abattus ou brouillés, a précisé l'armée de l'air dans un communiqué.

"Dix personnes sont mortes parmi lesquelles un enfant. Plus de 30 personnes ont également été blessées parmi lesquelles quatre enfants", a indiqué le parquet ukrainien dans un communiqué.

Le bâtiment de la mission de l'UE a été endommagé lors des frappes russes sur Kiev, a par ailleurs annoncé le président du Conseil européen, Antonio Costa, se disant "horrifié" de "l'agression russe qui ne fait que renforcer notre détermination à soutenir l'Ukraine et son peuple".

Tôt jeudi, les services de secours et les habitants s'affairaient à ramasser des débris de verre et de matériaux de construction dans les rues du centre de Kiev, a constaté un journaliste de l'AFP.

Une attaque a creusé un cratère de cinq étages dans un immeuble d'habitation, coupant le bâtiment en deux, selon des images publiées par le président Zelensky. Les fenêtres des immeubles d'habitation et des petites entreprises ont été soufflées. Des matelas pendaient sur des balcons éventrés par une frappe.

M. Zelensky a déploré "une autre attaque massive de nos villes". "Encore des meurtres", a écrit le président ukrainien sur Telegram. "La Russie n'a aucun intérêt pour la diplomatie. Elle choisit de continuer de tuer plutôt que de mettre fin à la guerre", lancée il y a trois ans et demi par l'invasion russe de l'Ukraine.

L'Ukraine attend une "réaction" de la part du monde entier, notamment de nouvelles sanctions à l'encontre de Moscou, a ajouté son président, appelant les alliés de la Russie, tels la Chine ou la Hongrie, membre de l'Union européenne, à adopter des positions fermes.

Après trois ans et demi du conflit le plus sanglant en Europe depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la capitale ukrainienne a vécu une nuit de violents bombardements.

Des journalistes de l'AFP ont entendu de puissantes explosions à plusieurs reprises. Ils ont vu un missile être abattu, les débris incandescents retombant, et entendu le son de drones survolant la ville, tandis que des habitants se réfugiaient dans des souterrains et dans le métro.

Selon l'administration militaire, l'attaque a été menée à la fois à l'aide de drones et de missiles -- balistiques, de croisière et hypersoniques -- qui ont frappé la capitale en plus de 20 endroits.

Des habitants étaient bloqués sous les décombres d'immeubles résidentiels. Une école maternelle a subi des dégâts, des dizaines de voitures ont été détruites et un centre commercial du centre ville a été touché.

Pendant la nuit, des alertes aériennes ont retenti sur l'ensemble du territoire ukrainien.

Côté russe, l'armée a indiqué avoir intercepté 102 drones ukrainiens, alors que les attaques aériennes de Kiev ciblant les raffineries ces dernières semaines ont fait flamber le prix de l'essence.

Avancées russes 

Fin juillet, des bombardements russes avaient fait plus de 30 morts à Kiev, l'une des attaques les plus meurtrières dans la capitale ukrainienne depuis le début de l'invasion russe à grande échelle en 2022.

Ces frappes avaient poussé le président américain, Donald Trump à accroître la pression sur Moscou pour accepter une trêve et conduit à sa rencontre avec son homologue russe, Vladimir Poutine, en Alaska le 15 août.

Après ce sommet, suivi par une visite à Washington de M. Zelensky accompagné de ses alliés européens, le dirigeant américain a dit vouloir préparer une rencontre en face à face entre les présidents russe et ukrainien.

Depuis, il n'y a toutefois pas eu d'avancées en vue d'un tel sommet, Moscou et Kiev se rejetant la responsabilité d'un blocage.

Avant la conclusion d'un hypothétique accord de paix, l'Ukraine veut obtenir des garanties de sécurité des Occidentaux pour dissuader Moscou de toute nouvelle attaque.

M. Zelensky a annoncé que des membres de son équipe allaient rencontrer vendredi à New York des représentants de l'administration de Donald Trump.

Pour mettre fin à son assaut, la Russie réclame notamment que l'Ukraine lui cède quatre régions partiellement occupées, en plus de la Crimée annexée en 2014, et renonce à intégrer l'Alliance atlantique. Des conditions que Kiev juge inacceptables.

L'armée russe, qui occupe environ 20% de l'Ukraine, dans l'est et le sud, a accéléré sa progression sur le terrain ces derniers mois face à des unités ukrainiennes moins nombreuses et moins bien équipées.